Biographie d’Orsini Bertani (1869-1939), figure majeure de l’anarchisme international. De Florence à Paris, en passant par Londres, Buenos Aires et Montevideo, découvrez le parcours de ce militant, commerçant en vins et éditeur libertaire. Arrêté en France lors du célèbre Procès des trente en 1894, il devint par la suite un acteur incontournable de la presse et de l’édition anarchiste en Amérique du Sud. Un document historique précieux pour l’histoire des mouvements révolutionnaires et de la surveillance policière à la fin du XIXe siècle.

BERTANI Orsini
Né à Florence (Italie) le 26 juillet 1869 , mort le 16 mars 1939, commerçant en vins, militant anarchiste en France, en Argentine et à Montevideo (Uruguay).
Ses parents étaient Eugenio Bertani (né à Cavriago le 17 octobre 1842) et Clementina Toni.
Après avoir terminé ses études primaires et secondaires en Italie, Orsini fut envoyé à Paris vers 1885, par son père pour y faire des études universitaires. Une fois en France, Bertani embrassa rapidement les idées anarchistes et abandonna le monde universitaire pour la politique radicale.
Vers 1886, à seulement 17 ans, Bertani choisit de s’installer à Buenos-Ayres. Il ne resta seul à Buenos Aires que peu de temps car, après la mort subite de son frère Alberto Cavour (1887), toute sa famille le rejoignit en Amérique. Eugenio Bertani apporta avec lui à Buenos Aires un capital important, ce qui lui permit de créer une entreprise florissante d’importation de produits alimentaires de la péninsule Ibérique.
Le siège social était situé au 518, rue Laprida, et la société possédait quatre succursales dans différents quartiers de Buenos-Ayres.
Bertani commença, le 18 mai 1890, à collaborer à Il Perseguido (Les
Persécutés). Ce journal, assailli par la censure et la répression, fut finalement fermé par les autorités.
Au mois de mars 1893, il arrivait à Paris venant de Buenos-Ayres par Barcelone.
Depuis novembre 1893, il demeurait boulevard Brune avec Maria Zanini. Il faisait avec son père le commerce de vins, celui-ci lui versait une pension mensuelle de 250 francs.
Fiché comme anarchiste en mars 1894, il était arrêté le 18 mars 1894 en compagnie de Léon Ortiz, lors d’une souricière, boulevard Brune, mise en place par les agents de la 3e brigade de recherches. Les deux compagnons furent appréhendés par deux agents camouflés en ouvriers maçon qui se tenaient là aux aguets. Ils opposèrent une résistance acharnée. Bertani était porteur d’un pistolet système Lefaucheux, chargé de deux balles de dix millimètres (semble-t-il inutilisable, d’après son avocat). Il résista énergiquement contre les agents qui parvinrent après une courte lutte, à se rendre maîtres de lui.
Le 30 mars, la Préfecture de police transmit sa notice au juge d’instruction, avec un complément le 3 avril.
En août 1894, il fut inculpé dans le procès dit des trente et fut accusé d’avoir fait partie de la bande du boulevard Brune qui se livrait à des cambriolages et en particulier d’avoir recelé un réveil volé chez M. Demagnez à Nogent-les-Vierges, ainsi qu’un timbre en caoutchouc provenant d’un autre vol.
Le 12 août 1894, tous les accusés avaient été acquittés à l’exception de trois illégalistes dont Bertani qui était condamné à 6 mois de prison et 16 francs d’amende, pour port d’arme prohibée. Il sortit de prison peu après, ayant purgé une bonne partie de sa peine en préventive.
Via le Luxembourg, Bruxelles et Anvers Il s’était alors réfugié en Grande-Bretagne avec sa compagne Maria Zanini.
En septembre 1894, il figurait sur l’Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°333. 320.
L’indicateur Bornibus notait que Bertani qui habitait Londres, était parti pour Buenos-Aires avec Maria Zanini (rapport du2 novembre 1895). Mais en 1894, Bertani rencontra Elisa Lagouardette, née en France dans une zone rurale entre Pau et Tarbes, arrivée à Buenos Aires –probablement enfant – avec sa famille catholique de bonne situation économique.
Le mariage eut lieu à Buenos-Ayres. Trois de leurs enfants y naquirent : Adolfo Germán (décédé à l’âge de quinze ans), Alba et Verité.
Il fut l’un des rédacteur du journal El Perseguido (Buenos Aires, 102 numéros du 18 mai 1890 au 31 janvier 1897) avec lequel il rompit en 1896 et intégra la rédaction de l’organe communiste anarchiste La Revolución social (Buenos Aires, 19 numéros du 8 janvier 1896 au 8 avril 1897) dirigé par Manuel Reguera. Il collabora également à Nuova civiltà (Buenos Aires, 1901-1902).
Il collabora au Cercle libertaire d’études sociales jusqu’en 1902 où il fut expulsé. Il s’installa alors à Montevideo où il allait ouvrir une imprimerie-librairie. Entre 1910 et 1913, il y fut le premier éditeur des œuvres de Rafael Barrett et fut à l’initiative de la revue Pluma (Montevideo)
Orsini Bertani était décédé à Montevideo le 16 mars 1939.
SOURCES :
- Constance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande Bretagne, 1880-1914 : échanges, représentations, transferts, thèse, Université de Paris XIII-Villetaneuse, 2007.
- Archives de la préfecture de police Paris Ba 80, 1500, 1509.
- Archives nationales F7 13053
- Lucas Domínguez Rubio, El Anarquismo argentino : bibliografía, hemerografía y fondos de archivo, CeDInCI & Anarres, 2019.
- Vida y milagros de Orsini Bertani (Una semblanza: quehaceres de la cultura letrada del Novecientos) par Pablo Rocca, July 2018 Letras de Hoje 53(2):275
- Journal des débats politiques et littéraires, 19 mars 1894
- La Patrie, 20 mars 1894
- Le Petit Provençal, 8 août 1894
- La République française, 9 août 1894
- Le Rappel, 9 août 1894
- Le Soleil, 13 août 1894
- Biographie de Bertani dans le DIMA