Biographie de Maria Zanini (veuve Milanaccio), cuisinière italienne et figure anarchiste à Paris dans les années 1890. Membre de la bande Ortiz et impliquée dans le célèbre procès des Trente en août 1894 pour recel et association de malfaiteurs, découvrez son parcours militant, du boulevard Brune à son exil à Londres.

ZANINI Maria [veuve MILANACCIO]
Née le 23 juin 1865 à Turin, cuisinière, anarchiste à Paris.
Maria Zanini était mariée à Jean-Baptiste Milanaccio né à Borgosena (?) (Italie) le 29 avril 1860. Il arriva à Paris en 1889, il exerçait le métier de cordonnier. Il fréquentait les réunions anarchistes et faisait de la propagande.
Milanaccio demeurait 143 rue Saint-Denis à Paris.
En octobre 1892, de nombreuses lettres venant d’Italie, accompagnées de mandats, arrivaient chez Constant Martin, chez Louis Duprat, chez Milanaccio, produit de collectes au profit des familles de Francis et de Parmeggiani.
Le 11 décembre 1892, Martin et Duprat recevaient des visites de compagnons venant se renseigner sur le sort de Francis, parmi les visiteurs étrangers, on pouvait voir Milanaccio.
En février 1893, plusieurs journaux anarchistes italiens tels que Sempre avanti et Gli oppressi auraient été distribués par Milanaccio.
Étant tombé malade, il retourna en Italie où il mourut en juillet 1893. Sa veuve Maria Zanini se lia aussitôt après le départ de Milanaccio pour l’Italie, avec Orsini Bertani.
Maria Zanini était anarchiste, elle approuvait la propagande par le fait et se montrait très exaltée.
Elle fit, en 1892-1893, partie de la « bande Ortiz » pour laquelle elle agissait, vraisemblablement, comme receleuse.
Au mois d’octobre 1893, elle s’installa au 1, boulevard Brune, à Paris (14e) avec une partie de la bande (le couple Chiericotti, Victorine Belloti et son fils Louis). C’est là que le butin des cambriolages était entreposé, en particulier des objets volés à Nogent-les-Vierges (Oise) chez M. Demaguez. Au début de 1894, elle y hébergeait également son compagnon, Orsini Beltrani.
L’habitation du 1 boulevard Brune se trouvait près de la porte de Vanves. La voie du chemin de fer de l’Ouest traversait à cet endroit le boulevard et bordait d’un côté la maison. La porte branlante donnait accès à une allée très mal entretenue. A droite s’élevait une masure décrépite. Vingt mètres plus loin se dressait une habitation d’aspect assez propre, et de la hauteur d’un étage. C’était la demeure des compagnons. Un balcon en bois, servant de couloir, donnant sur une cour, pavée d’une façon rudimentaire. La maison était ainsi distribuée : quatre fenêtres donnent sur le balcon. Un premier logement avec deux fenêtres était habité par Maria Zanini. L’autre, composé de deux pièces, par Émile Charlier et sa femme. Mais ce dernier logement était étrangement divisé. Une seule pièce servait aux deux époux, la porte de la seconde avait été condamnée de telle façon qu’on n’y pouvait entrer que par la fenêtre, laquelle portait un cadenas. Or, la police trouva dans cette pièce une certaine quantité d’objets volés : argenterie, bijouterie, couvertures de luxe, etc. Le locataire habituel de ce taudis était Ortiz.
Quand Charlier fut accusé de vol, il nia de toutes ses forces. « Mais, dit-il aux magistrats, il est facile de voir que cette chambre, qui renferme des objets volés, n’est point dans mon appartement. » Cela convainquit fort peu les policiers, qui trouvèrent singulier qu’un locataire fût dans l’obligation de réintégrer son domicile par la fenêtre.
Charlier, lui, était le principal locataire de la maison ; il avait sous-loué aux compagnons sans se préoccuper de leurs théories.
Après la descente de police du 18 mars 1894, Maria Zanini fut arrêtée et incarcérée.
Le 3 avril 1894, la Préfecture de police transmettait au juge d’instruction Meyer la notice de Zanini.
Du 6 au 12 août 1894, elle comparut avec toute la « bande Ortiz » devant les assises de la Seine dans le cadre du « procès des Trente », sous inculpation de recel (un réveil) et d’association de malfaiteurs. Au cours de l’audience elle expliqua que c’était Antoinette Cazal, maîtresse d’Ortiz qui lui avait donné ce réveil.Défendue par Me Blondeau, elle fut acquittée mais fut l’objet d’un arrêté d’expulsion pris le 2 mai 1894.
Via le Luxembourg, Bruxelles et Anvers elle s’était alors réfugié en Grande-Bretagne avec son compagnon Orsini Bertani.
L’indicateur Bornibus notait que Bertani qui habitait Londres, était parti pour Buenos-Aires avec Maria Zanini (rapport du2 novembre 1895).Mais en 1894, Bertani rencontra Elisa Lagouardette et se maria avec elle. On ignore ensuite le sort de Zanini.
SOURCES :
Journal des débats du 15 juillet 1894 et du 6 au 13 août 1894 — Notice de Zanini dans le Maitron, dans le DIMA et sur Wikipédia — Arch. préf. police Paris Ba 78, 996, 1500, 1509 (anarchistes résidant à l’étranger). — État signalétique des anarchistes étrangers expulsés de France, nº 4, juin 1894. — Archives de Haute-Savoie 4 M 328 — Le Petit Parisien, 8 août 1894 — Le Matin, 8 août 1894 — Le Soleil, 9 août 1894.