Découvrez la biographie de Pétronille Giuseppe Altérant, polisseur sur métaux et militant anarchiste italien. De son exil à Saint-Denis et l’usine Christophe jusqu’à son expulsion vers Londres, plongez dans l’histoire des réseaux révolutionnaires de la fin du XIXe siècle, entre propagande par le fait, fabrication d’explosifs et surveillance policière.

ALTERANT Pétronille, Giuseppe [dit Joseph]
Né à Turin le 20 novembre 1857, polisseur sur métaux ; militant anarchiste en Italie à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et à Londres.
Insoumis en Italie, Pétronille (Petronio) Altérant (parfois orthographié Alterand ou Altéran), né de parents inconnus, était parti pour la France en 1875. Il s’était marié à Paris, le 13 novembre 1880, à Elisa Heurteaux et il était père de quatre enfants.
Il fréquentait le mouvement anarchiste dans les années 1890 et résidait 33 rue du canal à Saint-Denis. Il travaillait depuis 10 ans comme polisseur sur métaux à l’usine Christophe (orfèvrerie) où il était considéré comme « un bon ouvrier » et avait été signalé le 3 mai 1891 pour « le caractère dangereux de la propagande révolutionnaire à laquelle il se livrait ».
Il faisait partie des groupes anarchistes italiens et français de Saint-Denis, le soir il réunissait des compatriotes assez souvent chez lui.
Avec Decamps et Altérant, ils doivent incessamment s’occuper de fabriquer l’explosif dont je vous ai parlé dans une dernière correspondance, ils attendent la sortie de l’hôpital de Decamps qui y est toujours en traitement. »
La police signalait en outre qu’il était en relation avec Merlino, expulsé de France en 1890.
Le 6 mai 1891, suite à une perquisition où des matières explosives avaient été recherchées en vain et aux incidents survenus à Clichy le 1er mai 1891, il était l’objet le 16 mai d’un arrêté d’expulsion contre lequel il formait un recours au Conseil d’État le 10 juillet (lettre au ministre de l’Intérieur).
Le 24 juillet 1891, selon l’indicateur X n°2, Martinet s’était rendu à 11 heures du soir chez la femme de Segard, pour lui annoncer qu’il avait obtenu de Constant, le ministre de l’intérieur, l’autorisation qu’Altérant puisse rester en France.
Un sursis lui avait alors été accordé le 27 juillet après qu’il ait promis de ne plus s’occuper de politique.
A la suite de la mesure prise contre lui, Altérant avait tout d’abord observé une certaine réserve, puis avait repris ses relations avec les principaux compagnons de la banlieue et s’il n’avait plus paru dans les réunions de groupes, il avait reçu chez lui les compagnons, sa demeure étant isolée, il donna asile à des anarchistes recherchés.
En février 1892, à la suite d’un vol de trois cent soixante cartouches de dynamite commis à Soisy-sous-Etioles, à St-Denis, les commissaires de police Baube et Belouino avaient fait des perquisitions chez les anarchistes dionysiens les plus connus dont Altérant.
En mars 1892 la police signalait qu’il logeait dans un vieux wagon, sur un terrain vague, face au 33 de la rue du Canal à Saint-Denis.
Dans une lettre de Carattoni à Terzaghi du 25 octobre 1892, il était indiqué : « Le compagnon Constant Martin a été voir ces jours-ci à Saint-Denis le compagnon italien Alterant au sujet de l’assassinat de Bisson.
Alteran qui a pour toute demeure un énorme fourgon de chemin de fer (sa propriété) a fait un récit confidentiel sur les relations de Chappuliot et de Meyrueis avec l’assassin de la Briche, en ajoutant à Martin de garder le silence. »
Dans la copie d’une correspondance anarchiste adressé de Paris à l’agent italien Tersaghi de Genève, le 10 novembre 1892, Carattoni notait : «Le compagnon italien Alteran, demeurant à Saint-Denis, dans une réunion intime chez Ouin, a donné lecture de plusieurs lettres venant d’Italie et dans lesquelles il est dit que les italiens des grandes villes industrielles préparent une vaste agitation anarchiste pour cet hiver, que seule la propagande par le fait était la bonne et qu’enfin ils comptent sur l’appui moral et matériel des compagnons de France.
Alterant est partisan de la propagande par le fait qu’il propage d’ailleurs en cachette, comme il s’est déclaré solidaire des actes de Ravachol et de la dernière explosion de la rue des Bons-Enfants. »
Le 29 novembre 1893, son arrêté d’expulsion fut remis en vigueur. Le 16 décembre 1893, Alterant quittait son logement, s’était rendu à Londres avec sa femme.
Le 20 décembre 1893, l’indicateur Jarvis notait que Corti était allé voir Escaré avec Altérant pour tâcher de lui trouver de l’ouvrage : « Ils sont restés longtemps ensemble, bref Altérant chercherait à avoir 200 francs pour faire évader Schouppe. Voici comment son frère qui est sorti de prison, lui aurait expliqué qu’en demandant la révision de son procès pour aller en cassation, il avait le moyen de s’évader.
Le 2 avril 1894, la femme d’Altérant et ses enfants arrivaient à Londres. Lapie prenait un de ses enfants à sa charge, il restait l’aînée qui était avec celui qui avait repris le wagon qu’il occupait.
À l’automne 1894 la police signalait que son enfant était malade et qu’il se trouvait dans “une grande misère”. Sa femme rentrait en France en décembre 1894 sans doute pour visiter l’un de ses enfants en nourrice à Saint-Denis. Le 16 décembre, elle rentrait à Londres (gare Victoria station), via Dieppe et Newhaven. Elle fut fouillée à Dieppe par le commissaire spécial, pour vérifier qu’elle ne transportait pas de documents suspects, mais elle n’avait rien dans sa valise.
En septembre 1894, Altérant figurait sur l’Album photographique des individus qui doivent être l’objet d’une surveillance spéciale aux frontières.
Le 10 octobre 1894, Altérant était porté sur une liste d’anarchistes résidant à Londres et connus de la 3e brigade : son à la Préfecture de police portait le n°12640. Il demeurait 18 Little Goodge Street (sous le nom de David).
L’indicateur Cotance, déclarait le 3 décembre 1894 :
« On a vu hier Perron à St Denis tout en travaillant, il s’occupe « d’Expropriation » comme s’en occupaient Altérant, Jacob demeurant rue de la Boulangerie, Lapie, Meyrueis qui a été tué à la Guyane, le « Petit-Pâtissier » et Perron lui-même, avec deux ou trois autres individus de Saint-Denis.
Voici ce qu’on a appris au sujet de l’assassinat du Petit-Pâtissier : il avait eu un beau coup à faire, et s’était entendu avec deux ou trois amis : Meyrueis , Jacob, et Altérant ; comme ils ne purent venir, il fit le coup tout seul, mais ne put ouvrir un coffre-fort contenant 250.000 francs ; il emporta l’argenterie, la confia à Altérant qui la donna à Heurteaux.
Le « Petit pâtissier » à quelque temps de là, demanda à Altérant de lui avancer de l’argent sur la dite argenterie ; ce dernier refusa et pour n’avoir rien à rendre à l’autre, il le fit passer pour mouchard. »
Le 29 septembre 1895, l’indicateur Jackson notait qu’Altérant était en relation avec Brunet et lui fournissait des pince-monseigneur et des fausses clés.
Le 18 octobre 1895, Jackson signalait que le ciseleur X… travaillait avec son beau-père chez Altérant 74 Hampstead Road NW.
Le 14 janvier 1896, l’indicateur Lapeyre faisait savoir qu’Altérant envisageait d’aller chercher sa fille. Il avait envoyé une plainte au procureur de la république de Paris, lui demandant le concours de la police pour récupérer son enfant qui était chez Jacob, marchand de meubles, 20 rue de la Boulangerie à Saint-Denis
Il était toujours à Londres en 1896. Son beau-fils, Bourgues, qui était déserteur, était également à Londres au début de 1904.
Le 4 août 1906, il avait sollicité la suspension de l’interdiction de séjour dont il était l’objet ou au moins « un sauf-conduit pour se rendre à Paris ». Il avait alors été autorisé à séjourner quelques jours à Paris et devait venir chercher un permis de séjour à la Préfecture. Toutefois la police signalait le 20 septembre qu’il ne s’était toujours pas présenté à la Préfecture.
SOURCES :
Archives nationales Fonds de Moscou 19940432 128. — Constance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande Bretagne, 1880-1914 : échanges, représentations, transferts, thèse, Université de Paris XIII-Villetaneuse, 2007. — État signalétique des anarchistes étrangers expulsés de France, nº 1, mars 1894. — Archives de la préfecture de police de Paris Ba 76, 77,1508, 1509. — Archives de la Haute-Savoie 4 M 328 — Le Journal de Saint-Denis 25 février 1892 — Notice d’Altérant dans le DIMA.